jeudi 17 septembre 2015

Communication n’est pas information



La justification du changement de logo annonçait la couleur: l’augmentation du cours de l’action Sealed Air tenait, non pas à la plate évolution des ventes mais à la foi que plaçaient les actionnaires dans l’histoire qu’on leur racontait.



La clé serait donc la communication !



Pas la communication destinée à informer le citoyen ou le salarié, mais celle de la poudre aux yeux.


La ficelle est grosse ?

D’abord, l’employeur questionne chaque salarié individuellement, - flatteur, mon patron me demande mon avis… - il traite l’information collectée sans que nul salarié ne soit autorisé à contrôler ses résultats, il retient ce qui l’intéresse, puis il assène son diagnostic : ce que veut le salarié, c’est plus de communication !  


Peu importe que le salarié ait réclamé de l’information sur le fonctionnement de l’entreprise, de la visibilité sur la stratégie, qu’il n’est évidemment pas question de lui fournir.

Fort de cette conclusion et sur un jeu de mots, on va l’abreuver de communiqués chantant les louanges du gourou en occultant la réalité.



La contradiction n’existe pas. Tout le monde est isolé, qui oserait ?



Les représentants des salariés ?

L’intranet, la messagerie électronique, le réseau d’écrans plasma déroulent en boucle la propagande patronale. Ces canaux sont strictement interdits d’accès aux représentants des salariés ainsi privés d’exposer une autre version de l’histoire.



Mais qui est dupe ?



L’interrogation est pourtant évidente : Quel besoin de diffuser, en interne exclusivement, une vidéo martelant que les salariés sont heureux chez Sealed Air comme Casimir sur l’ile aux enfants ?



Tourné vers l’extérieur, ce message sirupeux pourrait se justifier par la nécessité de séduire des talents que l’on voudrait attirer, mais vers les salariés eux-mêmes ?

Pourquoi leur répéter qu’ils sont comme au paradis ? Si c’était vrai, n’en auraient-ils pas déjà pleinement conscience ?



Aux États-Unis aussi, une vidéo guimauve a mis en scène 2 familles de salariés qui racontent combien leur migration vers Charlotte (le futur siège mondial) les a épanouis. 

Cela doit-il suffire à faire oublier que des centaines d’autres familles verront leur équilibre bouleversé par la perte d’un emploi, car bien sûr, il n’y a pas de place pour tout le monde, et que la délocalisation n’est pas envisageable pour de nombreuses familles, ce que ne dit évidemment pas la vidéo.


Au risque de gâter l’illusion, nous éprouvons le besoin de témoigner des dégâts humains qu’entraîne cette politique : le licenciement de centaines de salariés, de préférence quand ils ont passé la cinquantaine, le stress causé par la surcharge de travail, celui que la perversité de l’organisation génère, la surveillance généralisée, la sous-traitance à outrance, l’externalisation des fonctions, l’optimisation fiscale qui prive l’État de recettes - il faudra réclamer plus aux ménages - et qui confisque aux salariés leur part des bénéfices en amputant d’autant la participation.

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